Skies of Arcadia island

Au delà

Chapitre II : Perdus

" Il ne ressemblait pas à un amiral. Je ne sais pas pourquoi, il n'avait pas une tête d'amiral " dit Maha.
" Il ne faut pas se fier aux apparences. Vous n'avez pas non plus l'air de personnes capables de battre Elcyan. " fit remarquer Pinta.
" Elcyan ? "
" Le Looper noir. Dans le Récif Noir. "
" C'est que… " commença Darcim.
" Et bien oui, il ne faut pas se fier aux apparences, en effet. " le stoppa Maha.
" Bon, si nous voulons retrouver Vyse et les autres, il vaut mieux y aller tout de suite. "
" J'ai à parler à Maha un peu avant. Seul à seul. "
" Hum ? D'accord. Où est la cabine ? " Après qu'on le lui eut indiqué, Pinta s'éclipsa.
" Pourquoi a-t-il encore fallu que tu ailles raconter des bobards pareils ? "
" Eh, de toutes façons, on ne savait pas où aller. Alors autant aller chercher Vyse, non ? Ca peut être amusant. " se défendit Maha.
" Oui, mais imagine si on a à se battre ! "
" T'inquiète pas ! Les monstres du côté d'Ixa'taka ne sont pas dangereux. "
" … "
" Bon, je vais rejoindre le petit gars dans la cabine, si tu n'as rien à dire. Il faut qu'on aille chercher Vyse, et ça a l'air super important ! "
" Pourquoi est-ce que tu m'embarques toujours dans des affaires impossibles ? "
" Parce que même si tu refuses de l'admettre, t'aimes ça aussi ! " Et Maha partit rejoindre Pinta dans la cabine.
Darcim, resté sur le pont, s'absorba dans la contemplation de la lune mauve, à peine perceptible parmi les nuages, puis finit par lâcher un " Merde. " sobre et partit rejoindre les deux autres.

 

" Franchement, t'es chiant. " Les deux casqués avaient ligoté Vize. D'abord surpris, les deux hommes avaient par la suite paru heureux de leur prise… Sans doute le confondait-on encore avec Vyse.
" Non, mais vraiment, chiant. "
Anita râlait contre Vize, inlassablement. Vize ne l'écoutait pas, mais ce n'était pas l'important, il fallait qu'elle puisse râler. Elle était partie ce matin radieuse, elle quittait cette troupe nullissime pour trouver la gloire et l'argent, et elle se retrouvait dans cette pièce pourrie, ligotée, installée contre une poutre qui lui démontait le dos, avec cet incapable et cet affamé perpétuel.
" On t'offrirait une épée, … "
Vize n'écoutait plus Anita râler depuis plusieurs heures maintenant -il était en fait la tête dans les nuages dès la première demi-heure qu'il avait passé ligoté. Il avait au début espérer un soutien de Gordo, mais celui-ci restait dans son coin, les yeux fermés, comme méditant. Pour Vize, c'était clair, Gordo avait faim et s'imaginait en train de manger un copieux repas. Voyant que de toutes façons, il n'avait rien à faire dans cette pièce, il avait finalement choisi de s'évader mentalement pour ressasser sa vie passée, follement intéressante.
" …Tu te demanderais quoi faire d'une poêle à frire. "
Mais en fait, Vize avait tort, Gordo n'était pas en train de penser à un copieux repas. Justement, il faisait tout pour éviter la tentation, et tremblait de tout son corps à chaque gargouillement de son ventre rebondi. Il essayait de se souvenir de la construction du Soif-de-Sang. Ca remontait à longtemps maintenant, mais… C'était l'époque où il était encore maigre. Il était tellement maigre que l'architecte du vaisseau lui avait parlé du fait que dans tout navire, inlassablement, il y avait des espaces vides entre les différentes pièces, mais en général beaucoup trop fins pour permettre le passage d'un homme normal. Mais comme Gordo était très maigre à l'époque, il lui avait dit qu'il pourrait peut-être mettre une porte secrète ici ou là vers ces parties invisibles du bâtiment.
Gordo avait accepté, il pensait que ça serait amusant d'avoir des passages secrets. Mais Gordo avait grossi et finalement oublié l'idée de s'en servir un jour.
Et aujourd'hui, il torturait sa mémoire pour se souvenir de l'emplacement de ces portes. Il espérait, en fait, qu'il y en ait une dans cette pièce.
" Je me demande comment j'ai fait pour te supporter aussi longtemps… Vraiment, tu es tellement… niais ! . "
Il arrivait bien à se souvenir de l'architecte. Il s'appelait Drake, c'était un vieux barbu avec une chemise aux motifs floraux, qui gardait toujours sur le nez d'imposantes lunettes de soleil. Il avait un cigare en main, mais Gordo ne se souvenait pas de l'avoir vu fumer une seule fois. Non, il se contentait de faire zigzaguer son cigare d'une main à l'autre, s'en servant comme d'un onzième doigt pour appuyer ces propos. Il s'en était servi pour montrer l'emplacement des espaces vides sur un plan, et montrer là où on pourrait mettre des portes. Il avait suggéré de mettre une porte dans la cuisine…Malheureusement ils n'étaient pas ligotés dans la cuisine, mais dans les dortoirs.
" Il n'y a pas de mots pour décrire ta bêtise… Quoique si ! Il y en a des millions ! Immense, énorme, gigantesque…indescriptible, inimaginable…insupportable ! "
Dans son long périple parmi ses souvenirs, Vize en était arrivé au moment où il avait combattu Vyse. C'était dans une Nasrad détruite, et Vize avait senti son moral être détruit à son tour lorsqu'il avait vu Vyse s'avancer vers lui. Il n'était finalement qu'une simple copie de Vyse, et une copie ne bat jamais l'original, sauf peut-être dans les jeux vidéo[1]. Mais il avait fait comme si de rien n'était, comme s'il était sûr de vaincre. Vyse l'avait invité à combattre sur leur vaisseau, Vize avait encore une fois accepté comme si de rien n'était. Quand il avait reconnu le Delphinus, censé pourtant appartenir aux Valuans, il était encore plus désespéré.
Faine avait demandé : " Bon, on commence ? " N'en attendant pas plus, Vize s'était jeté sur Vyse, mais celui-ci avait esquivé d'un bond et brandi son sabre, mettant Vize en position délicate. Vize, plutôt que d'esquiver par les méthodes habituelles, avait préféré carrément se coucher contre terre, ramper entre les jambes de Vyse pour se relever dans son dos, d'où il ne lui fallait que quelques secondes pour le vaincre.
Malheureusement, c'est le moment qu'avait choisi Enrique, qui était resté à l'écart jusqu'à présent, pour commencer à combattre. Il lui appuya légèrement la lame de son épée dans son propre dos, juste assez pour lui faire comprendre qu'il avait perdu. Déjà, Vyse s'était retourné et il se retrouvait bloqué entre les deux hommes. Et Vyse avait dit…
" Merci Enrique, mais j'aurais pu m'en charger, tu sais. "
Vize avait alors voulu donner un coup de poing à Vyse, mais comme il n'était pas suicidaire, il n'avait fait que serrer le poing de rage.
Sauf qu'aujourd'hui, ce n'était que des souvenirs, donc Vize pouvait donner un coup de poing à Vyse. Il voulut même mimer son geste dans la réalité.
Mais son bras était attaché, si bien que lorsqu'il voulut l'amener en avant pour décocher un coup de poing, c'est tout son corps qui partit en avant.
" Tu es vraiment…Quel con ! " s'écria Anita.
En tombant, Vize avait poussé une latte qui soutenait un des lits, et l'avait du coup fait tomber sur le mur, créant aussitôt une ouverture béante dans le bois abîmé par de longues années de voyage. Gordo se demandait s'il y avait une porte dans cette pièce. Une seule chose était sûr : maintenant, il y en avait une.
Derrière le trou, on pouvait apercevoir un fin couloir.
Déjà, alertés par le bruit, les deux hommes casqués arrivaient. Ils découvrirent Gordo et Anita regardant atterrés l'ouverture dans le mur, mais ils ne trouvèrent pas Vize.

 

" Le Little Jack peut-il voler au-dessus des nuages ? "
" Pas que je sache. Pourquoi ? " répondit Darcim, qui s'était résolu à partir chercher Vyse.
" Si Vyse est allé voir l'ermite, il faudra aller au-dessus des nuages. "
informa Pinta. " Aucun problème, on s'arrêtera à Horteka et on y louera un navire qui en est capable. J'ai entendu dire qu'avec l'ouverture du commerce, les navires Ixa'takans sont maintenant ceux qui se font de mieux dans le monde. "
" C'est le cas, mais ils ont encore quelques problèmes à les vendre, car les gens ne se sont pas encore habitués à leur allure. "
" Tant mieux, fit Maha, au moins ça nous permettra de payer moins cher. "
" C'est quand même dommage pour les Ixa'takans qui se démènent à les fabriquer. " dit Pinta.
" Oh, ne prêtez pas attention à Maha quand il dit des trucs comme ça. C'est ses origines de marchand nasréan qui remontent. " fit Darcim.
" Eh ! Ce n'est pas comme si l'argent était quelque chose d'inutile. "
" Mais oui, bien sûr…Pinta, l'île là-bas, c'est Horteka, non ? "
" Oui, c'est bien elle… Je me demande où est Vyse. "
" Oh… Il doit être dans le coin. Je vais voir si je ne peux pas le repérer avec la longue-vue. " Maha sortit.
" Hum, au fait, vous avez vraiment battu Elcyan ? " demanda Pinta, après un court silence.
" Euh… "
" Je vois mal comment un navire incapable de monter au-dessus des nuages pourrait traverser le Récif Noir, même en suivant le parcours qu'a tracé Don. "
" C'est-à-dire que…euh… On était sur un autre vaisseau à l'époque. "
" Lequel ? "
" Euh… "
" Inutile de vous fatiguer à mentir, je ne vous en veux pas. Je me demande juste pourquoi vous avez voulu vous embarquer dans cette histoire. "
" Vous devriez demander ça à Maha… Mais au fait, pourquoi on cherche Vyse ? "
" … Vous le saurez lorsqu'on le trouvera. "

 

Vize ne comprenait pas tellement ce qu'il s'était passé. D'une manière ou d'une autre, le mur s'était effondré et avait laissé la place à ce petit couloir, qu'il avait aussitôt emprunté, sans réfléchir. Après avoir sautillé pendant quelques temps pour s'éloigner de l'ouverture, il avait finalement trouvé un clou rouillé où il avait pu défaire ses liens.
Il déambulait maintenant depuis plusieurs minutes dans ce labyrinthe de bois pourri, où de temps à autres le sol se fissurait sous ses pas. Il tâtonnait pour trouver son chemin dans le noir ambiant, apercevant parfois de minces filaments de lumière passer d'au-dessous du bois, sentant parfois des insectes inconnus se glisser sur ses doigts, entre ses jambes.
Finalement, il perçut, au milieu du bruit du remous du bateau, des voix. Il tenta tant bien que mal de s'en approcher, s'en éloignant parfois au hasard d'un tournant imprévu, mais pendant tout ce temps, les voix continuaient à être perceptibles. Quand il pût enfin les comprendre, il sut pourquoi.
" C'était en 1943 que l'histoire se termina pour Paul Carbone dit Ventura et plutôt mal comme il se doit pour un truand sans foi ni loi "
Ce n'était que la radio. [2]
Vize, qui espérait que ces voix lui apprendraient quelque chose, comme dans n'importe quel bonne histoire, s'assit sur le sol miteux et resta quelques temps comme ça, à se demander ce qu'il pouvait bien faire.
C'était ridicule de tenter une nouvelle fois de libérer les autres. Pour Vize, la seule chose envisageable, c'était la fuite. Fuir d'un vaisseau situé dans les airs, sans même savoir où il était exactement, quelle bonne idée ! Mais c'était malheureusement la seule possibilité restante.

D'abord, il fallait qu'il se débrouille pour trouver une sortie. Ensuite, il attendrait la nuit et chercherait les canots de sauvetage. Il n'allait pas abandonner Anita et Gordo. Il allait juste retarder leur libération.

 

Maha marchait la tête levé vers le ciel, admirant la végétation et les constructions hortekannes, d'apparences si fragiles mais finalement tellement robustes pour rester ainsi suspendus dans les airs. Darcim lui fixait le sol, surveillant chacun de ses pas, de peur de tomber de ces planches de bois précaires qui reliaient les huttes.
Tous deux regardaient à des points opposés, aucun ne faisait vraiment attention à où ils allaient, ne faisant qu'écouter d'une oreille les pas de Pinta, qui les précédait, sans avoir encore pris conscience du côté labyrinthique des lieux.
Mais lorsque à un moment, Maha descendit son regard, ayant senti du coin de l'œil une gravure Ixa'takan qu'il voulait mieux observer, il se rendit vite compte que Pinta n'était plus devant eux et que les pas qu'ils entendaient étaient en fait ceux d'un petit singe moqueur qui marchait devant eux, sur les mains et à reculons, pour mieux admirer ces deux curieux personnages.
" Bon…Darcim. "
" Quoi ? "
" Pinta n'est plus là. "
Après que chacun eut râlé comme il convient, ils décidèrent que retrouver Pinta ne devrait pas être si difficile que ça et partirent à sa recherche.

Il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre qu'ils étaient perdus. Darcim comprenait vaguement la logique de ce labyrinthe, qui était en fait comme une grosse boucle - preuve en est que s'ils n'avaient pas retrouvé Pinta, ils avaient retrouvé la sortie plus d'une fois. Alors ils avançaient et essayaient tous les passages possibles, un à un, ce qui était très long. Ils auraient pu aussi rester à l'entrée du village pour y attendre Pinta, mais reconnaître qu'ils s'étaient perdus aurait clairement heurté leur orgueil, alors ils continuaient à se perdre, de plus en plus.
Mais, alors qu'ils étaient en train d'hésiter entre deux intersections, Maha, baissant la tête, remarqua quelque chose. Discrètement, il tapota l'épaule de Darcim et lui montra du doigt l'homme qui venait de rentrer dans le village, une passerelle plus bas.
Il était suivi de deux soldats, valuans, et il portait une grande armure, valuanne. C'était sans doute possible un amiral, probablement Sinian, celui dont ils avaient déjà entendu parler, l'intelligent sans sens pratique.
Darcim et Maha n'eurent pas besoin de se concerter pour tomber d'accord sur le fait qu'il fallait retrouver Pinta au plus vite, pour le prévenir de l'arrivée de Sinian. Seulement voilà, comment ? Ils regardèrent autour d'eux, cherchant ce qu'ils auraient dû chercher dès le départ : quelqu'un à qui demander son chemin.

A peine quelques minutes plus tard, ils retrouvaient Pinta en train de parler à un bonhomme à lunettes. On fit brièvement les présentations, ce qui leur permit d'apprendre que le bonhomme s'appelait Centime, puis Pinta demanda :
" Où vous étiez passés ? "
" On visitait… " mentit Maha, puis il enchaîna : " On était en train de se balader du côté de l'entrée quand on a vu quelqu'un… "
" On pense que c'est l'amiral à la recherche de Vyse. " conclut Darcim.
Pinta haussa les épaules, puis dit :
" Tant mieux. On lui dira ce qu'on sait et il nous dira peut-être des choses que lui sait, au moins comme ça, on aura plus de chance de le retrouver. "
Darcim et Maha se frappèrent la tête mentalement, réalisant qu'ils avaient bêtement pris "cette chasse au Vyse " comme une course, qu'il fallait à tout prix gagner. C'était tout de même encore un peu ça dans leur esprit - s'ils ne trouvaient pas Vyse, il y avait de fortes chances qu'ils ne devinent jamais pourquoi ils l'avaient cherché. L'arrivée de l'amiral Sinian avait été pour eux comme l'arrivée d'un adversaire, et dans leur idée, ils leur fallaient à tout prix se dépêcher pour le distancer.
" Peut-être qu'il ne sait rien. " fit remarquer Darcim.
" C'est possible, oui, mais je ne pense pas. Et même s'il ne sait rien, lui apprendra quelque chose qui l'aidera à trouver Vyse. "
" Il risque de vouloir qu'on l'accompagne. Les amiraux ont été envoyés pour nous ramener à Valua… Enfin, vous ramener à Valua. " signala Maha.
" Ce ne serait pas plus mal. " C'était Centime qui venait d'intervenir. " Pinta, tu sais ce que j'en pense. D'accord, ton problème est important, mais pas autant que celui qu'il y a à Valua. "
" Qu'il y a peut-être à Valua… Et honnêtement, quoi qu'il y ait, je pense que la présence de Vyse n'y est pas nécessaire, en tout cas pas immédiatement. Alors qu'aux puits, il sera vraiment utile. "
" Euh… Je n'y comprends plus rien. C'est quoi cette histoire ? " demanda Maha.
" J'aide une équipe qui pense qu'il y a des choses à découvrir sous les nuages. "
" Sous les nuages ? " intervint Darcim.
" Oui, sous les nuages. Nous avons déjà réussi à descendre sous les nuages avec le Delphinus, et nous n'y avons pas trouvé des choses très encourageantes, mais Vyse a aussi découvert plusieurs puits étranges dans la région de l'île des Marins. Quelques scientifiques ont commencé à chercher dans le coin, et ils ont découvert que les puits descendaient encore plus bas… Leur théorie est que ce serait en fait des cheminées. "
" Des… cheminées ? Il y aurait quelque chose qui vit là-bas ? "
" Oui… C'est même sûr qu'il y a quelque chose là-bas. D'une manière ou d'une autre, les expériences ont énervé des monstres, qui sont remonté à la surface et attaquent le petit laboratoire... Il ne tiendra pas très longtemps. "
" Pourquoi ne pas demander l'aide de Valua, ou de mercenaires ? "
Ce fut Centime qui répondit :
" C'est déjà fait, mais ça n'a pas été suffisant. Pinta, je sais que tu espères trouver quelque chose là-dessous, mais toutes les légendes n'ont jamais parlés que d'atrocités sous les nuages… De monstres. Il faut abandonner l'idée d'explorer cette région… Les scientifiques peuvent explorer pleins d'autres endroits. "
" Non. Je suis sûr qu'il y a, ou avait, une civilisation là-dessous. Pourquoi y aurait-il des cheminées sinon ? "
" Mais… que vient faire Vyse là-dedans ? Si des mercenaires n'ont pas réussi à repousser les monstres, pourquoi lui réussirait-il ? Je suis d'accord avec Centime, il vaut mieux ignorer ce qu'il y a au-delà des nuages. " dit Darcim.
" Darcim, tu ne connais pas Vyse. Il est capable de faire l'impossible… Il faut juste que j'arrive à le convaincre que c'est prioritaire. Même si ce qui se passe à Valua m'attriste, ca ne touche qu'une minorité, alors que les puits concernent le monde entier. "
" Et… qu'est-ce qu'il se passe à Valua, de moins prioritaire ? " demanda Maha.
" Rien…Rien que vous n'ayez le droit de savoir. Je suis désolé de rien pouvoir vous dire, mais on a décidé de garder le secret, et je le comprends. "

 

A force de persévérance, ou plutôt par hasard, Vize avait retrouvé l'ouverture qu'il avait créée, mais avait rapidement dû admettre qu'elle ne lui servirait à rien, un des deux hommes la gardant. Une petite voix optimiste lui avait murmuré que ce n'était pas plus mal, ça en faisait un en moins à éviter. La grosse voix pessimiste avait répliqué aussitôt que s'il mourrait de faim dans ces tunnels, devoir faire attention à une ou deux personnes n'y changeait rien. Il avait fait taire ces deux voix, puis s'était résolu à essayer de retrouver la radio, sentant qu'elle lui serait utile.
Il la rejoignit facilement. Il essaya d'éclipser la musique pour essayer d'entendre s'il y avait quelqu'un d'autre dans la pièce. Au bout de plusieurs minutes, n'ayant rien perçu, il décida de percer la paroi.
Il aurait dû y penser plus tôt. Le Soif-de-Sang était vieux, le bois aussi, alors à force de coups de poings, y créer des passages ne devrait pas être très dur - surtout qu'il avait déjà fait, même s'il avait été aidé d'un lit. Le seul risque était de trouer au mauvais endroit, soit en tombant dans une pièce avec quelqu'un, soit en ne tombant pas dans une pièce, mais sur le vide, ce qui aurait été très dangereux, vu qu'un trou mal placé pouvait amener à la dislocation complète du vaisseau. Il donna un coup de poing dans le mur, et le sentit s'effriter. Il n'y avait pas encore de trou, mais ça n'allait plus tarder. Il donna un second coup de poing au même endroit et une petite ouverture apparût, juste assez grande pour passer le bras. Il attendit quelques instants, pour vérifier que personne n'arrivait, puis regarda par le trou. Il put voir la radio, posée sur un bureau, juste en face de lui et une bibliothèque à côté… Mais personne. Parfait.
Il recula autant qu'il le pouvait dans le petit couloir, puis fonça dans le mur. Le mur s'ébranla, mais resta intact. Il réessaya, toujours sans véritable résultat. Il décida donc de le faire progressivement et entreprit d'agrandir l'ouverture à la force du poing. Après plusieurs coups, la taille du trou avait doublé, alors il voulut voir si c'était suffisant pour que le mur tombe en un coup. Il réussit.
Vize entra dans la pièce en faisant bien attention, regardant à gauche, puis à droite, ce qu'il lui permit de l'identifier comme la cabine de Gordo. Il en bloqua la porte avec une commode, puis poussa une armoire devant le "passage secret ".
Vize était maintenant en sécurité. Il trouva une grande lance accrochée au mur qu'il prit en main. Elle était lourde, mais suffisamment longue pour lui permettre de garder ses distances avec l'ennemi lors d'un combat… Mais il espérait qu'il n'y aurait pas de combat, bien sûr.
Il regarda sa main, et découvrit avec stupéfaction qu'elle saignait. Pourtant, elle ne lui faisait pas mal… Enfin, pas jusqu'à ce qu'il la remarque. Son poing l'élançait, hurlant de la douleur qu'il avait accumulée lorsqu'il avait fallu défoncer le mur. Il fouilla dans les tiroirs du bureau, ne prêtant pas attention à l'objet métallique posé dessus, où il ne trouva rien qui puisse servir à panser la blessure. Il alla alors chercher dans les tiroirs de la commode qu'il avait mis face à la porte, où il découvrit les vêtements de Gordo. Il déchira une chemise et s'en servit pour bander sa main. Puis il soupira.
Il avait enfin le temps de souffler. Il éteint la radio, ensuite il déplaça un canapé face à la porte et commença à somnoler, attendant la nuit.

Des bruits sourds le réveillèrent. Pendant quelques instants, il regarda avec horreur la commode qu'il avait placée devant la porte basculer sous les coups. D'ici peu, les hommes casqués rentreraient dans la pièce.
Mais nom de dieu, comment l'avaient-ils retrouvé ? Il attrapa la lance et, paniqué, balaya la pièce des yeux. Il vit un petit objet métallique sur le bureau. S'en rapprochant, il reconnut un pistolet, couleur argent.
Quel con ! Il reconnaissait très bien cet arme. C'était celle que l'homme casqué lui avait pointée sur la tête tout à l'heure. Il était dans la salle où ils avaient choisi de passer la nuit.
La commode reculait de plus en plus, tandis que la porte commençait à se fissurer.
Vize respira un grand coup, puis il attrapa le pistolet et le mit dans sa poche. Il s'approcha de la porte, cette - trop - infime couche de bois qui craquait sous les coups, tenant la lance d'une main ferme. Puis il la lança sur la porte, à l'instant où cette dernière s'ébranlait encore.
L'arme se ficha dans la porte de bois, mais la traversa assez pour toucher un des hommes. Ou ? Où l'avait-il touché ? Il avait entendu un râle, mais c'était tout.
Il s'avança pour récupérer la lance mais, à moins d'un mètre de la porte, il entendit un clic.
Il comprit juste à temps, et moins d'une seconde après qu'il se fut allonger par terre, deux balles, tirées à quelques secondes d'intervalles, perçaient le bois.
Sans qu'il pût réagir, Vize vit la lance bouger, puis glisser de l'autre côté, vraisemblablement tirée par un des hommes.

Mais il eût une idée, une idée qui lui offrirait peut-être la survie. Il rampa jusqu'à un coin de la pièce, se leva et commença à percer un nouveau trou dans le mur. Il était à peine assez grand lorsqu'il entendit la porte céder derrière lui. Il attendit quelques secondes pour être sûr d'être vu, puis se glissa dans l'ouverture.
Son idée était simple : ses poursuivants ne savaient pas qu'il y avait deux ouvertures dans la pièce. Ils allaient concentrer leur attention sur le seul passage qu'ils connaissaient. L'occasion pour Vize de passer par l'autre ouverture, et ainsi, passer derrière eux.
Les deux hommes, sans se concerter, le suivirent dans le passage. A l'instant même où ils entraient, Vize poussa l'armoire bouchant l'autre passage, l'enjamba d'un saut puis courût en direction de la porte. Les deux hommes casqués, derrière lui, restèrent quelques instants interdits, et lorsqu'ils commencèrent la poursuite, il était déjà dans le couloir, à courir comme un dératé.

Il ne pouvait pas les semer. Même s'il arrivait à rejoindre les canots, ils lui tireraient dessus depuis le pont. Il n'y avait qu'une seule solution. Il fallait qu'il s'en débarrasse.
Le couloir tournait brusquement, en un angle droit. Il s'arrêta juste après, sortit le pistolet de sa poche, stabilisa tout son corps sur un genou et pointa la petite arme vers le virage.
Il lui fallait en priorité toucher celui qui était armé. Faux. Il lui fallait en priorité toucher quelqu'un.
Vize tenta d'étouffer sa respiration, trop bruyante, qui risquait de le faire repérer.
Il s'imagina à la fête foraine. Oui, tout ça n'était qu'une fête foraine.
Il fallait juste attendre que la machine se mette en marche, puis il devrait tirer sur les cibles en cartons.
Les bruits de pas se rapprochaient.
Il tenta de se persuader que ce n'était pas sa vie qui était en jeu, mais une peluche. Une très belle peluche, d'accord, mais seulement une peluche.
Il entendait de plus en plus distinctement leurs pas, mais aussi leur respiration, et l'espèce de râle que produisait de manière régulière celui qui était blessé.
Il serra le pistolet dans sa main, jusqu'à s'en faire mal.
Une jambe apparut. La jambe d'un de ses poursuivants.

Plusieurs coups de feu retentirent dans le Soif-de-Sang.

Notes :
[1] Non, je ne pense à Clad en disant ça. Non, pas du tout.
[2] Cette chanson est La Ventura, de Mano Negra. A propos de la radio, je sais bien qu'on en a jamais vu dans l'univers de SoA, mais je passe outre :P

Bon, que dire sur ce chapitre ? Oui, il y a enfin de l'action. Rien d'exceptionnel, mais quand même un minimum. Tout comme s'introduit un début d'histoire - un tout début.
J'ai l'horrible impression de maltraiter la personnalité des persos de SoA. Je ne parle de Vize, lui, il l'a bien mérité. Je parle plutôt de Pinta ; comme on entrevoit jamais que quelques messages des membres de l'équipage, il faut faire avec. Je parle aussi de Centime.
Par contre, je ne parle pas de Gordo. Je le vois plutôt intelligent, même si son obsession de la nourriture le cache. J'aime bien aussi l'idée qu'il ait un jour été très maigre :p Au fait, certains d'entre vous ont peut-être reconnu le nom de l'architecte…

Bon, bah…A tchao.

Écrit par Shadow1109- À suivre...

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